Brexit: la City a perdu des emplois mais l’exode redouté n’a pas eu lieu

Londres – A l’heure où Londres vient d’annoncer un accord avec Bruxelles sur la réglementation financière post-Brexit, la City a perdu quelques milliers d’emplois au bénéfice de l’Union européenne depuis la sortie du marché unique, loin de l’exode l’exode initialement redouté.

Quelque 7.600 emplois ont migré du Royaume-Uni vers l’UE d’après le cabinet EY, et 1.000 milliards de livres d’actifs. Le gros de ces transferts a eu lieu avant la sortie effective du marché unique le 1er janvier.

C’est bien moins que les dizaines de milliers de pertes d’emplois redoutées au lendemain du référendum de 2016, et négligeable au regard du million de personnes qui travaillent dans la finance au Royaume-Uni, dont près de 200.000 dans la City de Londres.

 

– Dublin, bénéficiaire –

 

C’est Dublin qui a bénéficié le plus des transferts de postes, d’après les deux principales études menées par EY et New Financial, un centre de réflexion sectoriel. « 40% des gestionnaires d’actifs qui ont déménagé des activités ont choisi » la capitale irlandaise, constate ainsi New Financial.

La banque britannique Barclays a ainsi vu passer ses effectifs en Irlande de 119 en 2016 à 285 en 2020.

Au jeu de ce mercato, suivent ensuite Luxembourg, Paris, Francfort en tir relativement groupé, puis Amsterdam, Madrid et Milan, avec des chiffres variés qui circulent ce qui rend un « classement » difficile.

Bank of America a ainsi déplacé 500 emplois de Londres vers Paris et Dublin.

La suisse UBS a relocalisé moins de 200 emplois, essentiellement à Francfort, et le groupe japonais Sumitomo Mitsui a créé une filiale dans le « hub » financier allemand.

En plus des emplois directement transférés depuis la City, l’association sectorielle CityUK évalue à 2.500 le nombre d’emplois financiers créés dans l’UE à cause du Brexit.

BNP Paribas a ainsi créé 400 postes dans l’UE sans en supprimer à Londres.

Société Générale, à fin décembre, était à « quelques centaines » de postes relocalisés sur le continent, sans dire où exactement, sur 3.600 postes au Royaume-Uni à fin 2018.

L’agence de promotion Choose Paris Region parle pour sa part de 3.500 emplois directs d’ores et déjà en cours d’implantation dans le secteur financier français à cause du Brexit.

HSBC fait partie des banques qui ont transféré des emplois vers la ville lumière sans préciser combien. JPMorgan y a créé 200 postes, Goldman Sachs y a installé sa plateforme d’échanges européennes et l’assureur américain Chubb y a transféré son siège européen depuis Londres.

 

– Gagnant gagnant? –

 

Ce n’est pas pour autant un jeu à somme nulle: d’après CityUK, le total des emplois liés à la finance au Royaume-Uni (juridique, conseil, banque, assurance, gestion de fonds, …) est passé de 2,2 à 2,3 millions entre  2016 et 2020, même si dans le même temps les postes strictement bancaires ont reculé de 3.000.

Mais d’autres facteurs que le Brexit sont intervenus dans la suppression d’emplois bancaires, notamment des restructurations, le secteur souffrant notamment des taux d’intérêt faibles qui rongent sa rentabilité, et s’étant difficilement remis de la crise de 2009.

Credit Suisse, qui a déplacé des emplois de Londres vers Madrid, Francfort ou Paris, sans donner de détails, garde environ 5.500 employés à Londres, moitié moins qu’avant le Brexit à cause d’un plan amorcé en 2016 par l’ex-patron Tidjane Thiam pour recentrer la banque sur la gestion de fortune et développer les activités en Asie.

NatWest – ex-RBS – a « considérablement réduit ses effectifs » au Royaume-Uni mais aussi dans l’UE partout à cause d’une restructuration stratégique.

Natixis a de son côté légèrement augmenté ses effectifs à Londres l’an dernier, malgré la pandémie et le Brexit, à 617 contre 609 fin 2019 et Barclays, l’une des principales banques britanniques, de 700 personnes environ à quelque 47.200 personnes pour l’ensemble du Royaume-Uni.

Une étude du FT en décembre estimait ainsi que sur 24 grandes banques et gestionnaires d’actifs passés en revue, la majorité avaient augmenté leurs effectifs à Londres depuis le Brexit.

Par Véronique DUPONT