Brexit: Qu’est ce qui va changer en Irlande du Nord ?

Leinster Bridge (Irlande) – Depuis le référendum de 2016, les négociations sur le Brexit ont longtemps achoppé sur la question de la province britannique d’Irlande du Nord, au statut particulier en raison de son histoire tourmentée.

Comment faire sortir le Royaume-Uni de l’Union européenne sans rétablir de contrôles douaniers avec la République d’Irlande voisine? Car le retour à une « frontière en dur » contreviendrait à l’Accord du Vendredi saint, qui avait mis fin en 1998 à trois décennies sanglantes de « Troubles » entre républicains et unionistes.

Voici ce qui pourrait changer pour l’Irlande du Nord au 1er janvier.

– Nouvelle frontière ? –

Afin d’éviter le retour à une frontière sur l’île d’Irlande, les contrôles douaniers auront lieu quand les marchandises arrivent dans la province britannique depuis le reste du Royaume-Uni, grâce à des points de contrôles renforcés dans les ports nord-irlandais.

Bien que cela évite le retour à une « frontière en dur » avec la République, les partisans les plus radicaux de l’union avec la Grande-Bretagne craignent que ce système ne crée une « frontière maritime » avec le reste du Royaume-Uni, favorisant ainsi l’union économique avec la République d’Irlande et, à terme, l’unification de l’île.

– Changement démographique –

L’Accord du Vendredi saint stipule que les personnes nées en Irlande du Nord peuvent demander la nationalité britannique, irlandaise ou les deux. Selon FactCheckNI, 800.000 des 1,8 million de personnes nées dans la province britannique possèdent actuellement un passeport irlandais.

Depuis la victoire du « Leave » en 2016, le nombre de passeports délivrés par le gouvernement irlandais aux résidents de la province britannique est monté en flèche, leur permettant ainsi de rester des citoyens européens.

Les demandes vont sans doute s’accélérer après la période de transition, close le 31 décembre, et les citoyens irlandais pourraient devenir pour la première fois majoritaires en Irlande du Nord.

Et conduire à la situation inédite où une région britannique compterait une majorité de citoyens européens munis de passeports post-Brexit.

– Coûts pour les entreprises –

Après la fin de la période de transition, l’Irlande du Nord restera alignée au moins quatre ans sur les normes du marché unique européen, notamment pour les produits manufacturés et agricoles, mettant à rude épreuve les entreprises de la région.

Les marchandises arrivant dans la province depuis la Grande-Bretagne devront être accompagnées de documents d’importation, « ce qui entraînera des coûts administratifs supplémentaires pour les entreprises », a prévenu le gouvernement, proposant un service gratuit – mais non testé- pour aider les entreprises à compléter les formalités.

Selon le Service de Recherche du Parlement européen, « les produits agroalimentaires devront probablement aussi subir des contrôles coûteux et potentiellement perturbateurs pour vérifier leur conformité avec les règles de l’UE ».

– Augmentation des prix –

Alors qu’un tiers des marchandises vendues en Irlande du Nord provient du reste du Royaume-Uni, toute augmentation des coûts pour les entreprises pourrait se répercuter sur les consommateurs, créant ainsi un « coût du Brexit » tangible dans les dépenses quotidiennes.

Le Brexit « fera monter les prix et limitera le choix des consommateurs nord-irlandais, dont le revenu est déjà inférieur à ceux des autres Britanniques », s’est inquiété Aodhan Connolly, directeur du Consortium nord-irlandais de la vente de détail, qui plaide pour une intervention du gouvernement.

– Incertitude –

Le Parlement britannique travaille en ce moment sur un projet de loi controversé qui veut revenir en partie sur l’accord de Brexit signé en janvier par le Premier ministre Boris Johnson en ce qui concerne la gestion en tandem avec l’UE du commerce en Irlande du Nord.

Ce texte, dont le gouvernement britannique a reconnu qu’il viole le droit international, a déclenché la colère des Européens, qui ont intenté une action judiciaire à son encontre.

Si le Parlement adopte finalement ce projet de loi, déjà rejeté par la Chambre des Lords, l’incertitude entourant le Brexit pour l’Irlande du Nord risque de s’accroître.

A moins bien sûr d’un accord entre Londres et Bruxelles qui rendrait inutiles les dispositions spécifiques sur le commerce.

Par Joe Stenson