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Désinformation: l’UE appelle les géants du net à en faire plus, soutient Twitter face à Trump

Bruxelles - L'Union européenne a appelé mercredi 10 juin les géants du net à en faire davantage pour lutter contre l'"énorme vague de désinformation" suscitée par la pandémie de coronavirus, et apporté son soutien à Twitter dans sa bataille contre Trump.

L'UE va demander à ces plateformes (Facebook, Twitter, Google...) de publier un rapport mensuel sur les actions mises en oeuvre pour lutter contre la désinformation liée au Covid-19, a annoncé la vice-présidente de la Commission chargée des valeurs et de la transparence, Vera Jourova, lors d'une conférence de presse aux côtés du chef de la diplomatie européenne Josep Borrell.

Des annonces bien accueillies par plusieurs géants du net.

Vera Jourova a salué les mesures déjà prises par les géants de l'internet, mais estimé qu'ils "devaient en faire plus". "Ils doivent montrer plus de preuves que leurs mesures fonctionnent bien. Nous voulons plus de transparence", a-t-elle dit.

Les rapports des plateformes devront porter sur la nature de la désinformation, la dimension du réseau impliqué, son origine géopolitique et l'audience ciblée, a-t-elle précisé. La démarche repose sur la bonne volonté des plateformes, mais il est selon elle dans leur intérêt de susciter la "confiance" de leurs utilisateurs.

La pandémie a déjà conduit l'UE à demander aux plateformes de mettre en avant les informations des autorités de santé comme l'OMS, et de retirer les publicités pour de faux médicaments notamment.

"Pluralisme"

Google a bloqué ou retiré plus de 80 millions de publicités liées au coronavirus, a rappelé Vera Jourova, qui s'était aussi félicitée en avril des initiatives annoncées par Facebook et Twitter. Ces infox peuvent prendre la forme de conseils erronés et dangereux (comme boire de l'eau de javel), de prétendus remèdes miracles, de théories du complot, de promotion de produits frauduleux, d'arnaques en ligne.

En 2018, les géants du net s'étaient engagés, dans le cadre d'un "code de bonnes pratiques" lancé par l'exécutif européen, à agir contre la diffusion de fausses informations. Un code que doit rejoindre prochainement le réseau social TikTok, dont la popularité a explosé avec le confinement, a annoncé Vera Jourova.

Le dirigeant de Google Europe, Matt Brittin, a réaffirmé l'engagement du géant américain à travailler avec l'UE "pour trouver de nouveaux moyens créatifs pour continuer la lutte contre la désinformation".

Une porte-parole de Facebook a rappelé que le réseau social travaillait désormais avec des équipes de fact-checkers dans 27 pays d'Europe. Elle a souligné que depuis avril des avertissements avaient été mis en place sur quelque 50 millions de contenus, des centaines de milliers d'autres supprimés et plus de deux milliards d'utilisateurs dirigés vers des informations des autorités de santé.

La commissaire tchèque a défendu l'attitude critique de Twitter face aux messages du président américain, grand utilisateur du réseau social.

Twitter a mis des avertissements "vérifiez les faits" sur plusieurs messages de Donald Trump et masqué un autre sur les heurts de Minneapolis pour signaler une "apologie de la violence".

"Je soutiens la réaction de Twitter aux tweets du président Trump", a déclaré Vera Jourova, soulignant que les messages en question n'avaient pas été supprimés. Le réseau social a "fourni une information vérifiée". "C'est ce que j'appelle le pluralisme", a-t-elle dit.

"Emulation"

"Nous, les personnalités politiques, devrions tout particulièrement accepter cette confrontation", a-t-elle ajouté.

Les mesures présentées mercredi s'inscrivent dans la perspective du "Plan d'action pour la démocratie européenne" et du "Digital Services Act", destinés à mieux réguler les géants de la tech, qui doivent être présentés à la fin de l'année par l'exécutif européen.

Dans son rapport, l'UE accuse notamment la Russie et la Chine, d'avoir à l'occasion de la pandémie, mené des campagnes de désinformation dans l'UE et le monde entier. "Nous avons suffisamment de preuves", a assuré Vera Jourova.

"Nous n'avons pas le pouvoir de stopper cela, nous avons celui de donner aux citoyens une alternative, une vérification, pour comparer ce qui est dit avec la réalité", a déclaré Josep Borrell.

Dans la lutte contre la désinformation, la Commission entend promouvoir les activités de recherche et de "fact-checking" (vérification des faits), notamment à travers le nouvel Observatoire européen des médias numériques, dirigé par l'Institut européen universitaire de Florence (Italie).

La Commission va lancer dans le mois "un appel d'offres de 9 millions d'euros pour des centres de recherche dans différents Etats membres", afin de susciter une "émulation dans la liberté de parole", a déclaré Vera Jourova.

par Anne-Laure Mondesert