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En France, comment sont fichés les radicalisés?

Paris - Près de 20.000 personnes sont recensées comme radicalisées en France, contre seulement une dizaine en 2014. Un fichage au large spectre, de la dérive sectaire au jihadiste en puissance, dont l'usage nourrit le débat politique.

Le jihadiste Radouane Lakdim, auteur des attaques de vendredi dans le Sud qui ont fait quatre morts, a été fiché "S" dès mai 2014 avant d'être inscrit au Fichier des signalements pour la prévention de la radicalisation à caractère terroriste (FSPRT) en septembre 2015.

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 - D'où vient ce nombre ?

19.745: c'est le nombre de personnes inscrites au FSPRT, selon un décompte du 20 février.

Créé en 2015, ce fichier vise à comptabiliser tous les islamistes radicaux en France, susceptibles de constituer une menace, afin d'assigner un service à leur suivi et d'éviter "les trous dans la raquette".

On y trouve aussi bien un homme signalé par son employeur parce qu'il ne veut plus serrer la main des femmes, une mineure récemment convertie à l'islam radical ou un homme en lien avec le groupe État islamique se disant prêt à passer à l'acte.

Y figurent aussi ceux qui sont partis ou soupçonnés d'être en zone irako-syrienne.

Une fois entrée dans le fichier, la personne peut être fichée pendant cinq ans.

"Toute l'échelle de la radicalisation est représentée", résume un policier. Ce fichier est alimenté par les services antiterroristes, les états-majors de sécurité réunissant autour des autorités locales les responsables en charge de ces dossiers - et par l'exploitation des appels au numéro vert de la plateforme de signalement, lancée en avril 2014.

Le FSPRT est mis à jour au fur et à mesure des vérifications. Selon des données de février, quelque 11.000 individus sont "pris en compte", et pour 4.604 leurs fiches sont dites "clôturées", c'est-à-dire que les services estiment qu'ils ne nécessitent plus de surveillance, mais demeurent dans le FSPRT du fait des signes de radicalisation constatés. Enfin, ils sont 3.557 à être dits "en veille" -- sans suivi actif.

Ce fichier, à diffusion restreinte, contient les données personnelles des individus repérés et leurs liens avec d'éventuels autres suspects.

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 - Quel profil ?

Selon des données du ministère de l'Intérieur fin 2017, plusieurs milliers d'inscrits au FSPRT sont suivis, dont 4.000 considérés comme étant sur le "haut de spectre".

Toutes les catégories socio-professionnelles sont représentées, même si une majorité concerne des jeunes hommes issus des banlieues. Quelque 500 détenus pour terrorisme et 1.300 détenus de droit commun et radicalisés y figurent.

"Les fichiers ne représentent pas l'intégralité de la menace endogène", observe Jean-Charles Brisard, président du Centre d'analyse du terrorisme (CAT). "60% des individus qui ont frappé en France depuis 2014 étaient inconnus des services de police et n'étaient pas fichés".

- Tous fichés "S" ?

Tous les "fichés S" (pour "sûreté de l'État") ne sont pas inscrits au FSPRT, et inversement. Et pour cause: ils ne sont pas tous liés à l'islam radical.

La fiche "S" est un outil de police servant notamment à repérer un individu lorsqu'il tente de passer les frontières. Elle ne justifie pas à elle seule l'inscription au FSPRT. Il faut qu'il y ait d'autres facteurs aggravants, indiquant une radicalisation ou une volonté de passer à l'acte.

- Surveiller tous les fichés "S" ?

Face à l'ampleur de la tâche, les services spécialisés gèrent la liste des suspects, établie par ordre décroissant de dangerosité supposée. Les premiers sont placés sous étroite surveillance, interpellés au moindre soupçon de préparation de passage à l'acte.

"Ce qui m'empêche de dormir la nuit", confiait récemment à l'AFP un responsable antiterroriste, "c'est de ne pas avoir les bonnes personnes dans le haut de la liste et d'être pris par surprise par un gars que nous aurions mal jugé".

Faudrait-il placer ces fichés "S" en rétention administrative, comme envisagé par Manuel Valls et Laurent Wauquiez? Frédéric Péchenard, vice-président LR (droite) de la région Ile-de-France et ex-patron de la police nationale, estime que la mesure n'a pas "beaucoup de sens" tant techniquement que juridiquement.

Par Gregory Danel