Journalistes tués dans l’UE: des cas qui restent rares

Paris - La mort du journaliste néerlandais Peter R. de Vries, grièvement blessé par balles le 6 juillet, intervient après plusieurs assassinats de journalistes ces dernières années dans l'Union européenne (UE), qui reste toutefois un des environnements de travail les plus sûrs pour la profession.

Selon la Fédération internationale des journalistes (FIJ), 2.658 journalistes et collaborateurs de médias ont été assassinés dans le monde depuis 1990.

Parmi eux, l'ONG comptabilise 373 tués en Europe, mais près des deux tiers l'ont été hors de l'UE, en Russie -- dont Anna Politkovskaïa en 2006 --, en Turquie et durant le conflit des Balkans.

Voici un rappel d'assassinats récents commis au sein de l'Union.

 

- Giorgos Karaïvaz, en Grèce -

Le 9 avril 2021, le journaliste grec Giorgos Karaivaz, 52 ans, qui travaillait pour la télévision privée Star et dirigeait le site d'actualités bloko.gr, est tué par balles devant son domicile à Athènes.

Spécialisé dans les affaires criminelles, il a été visé par deux hommes à moto, qui ont tiré à 17 reprises, d'après les douilles retrouvées sur les lieux du crime.

 

- Lyra McKee, en Irlande du Nord -

Le 18 avril 2019, la journaliste Lyra McKee, 29 ans, est mortellement blessée par balle alors qu'elle couvrait une émeute dans le quartier catholique de Creggan, à Londonderry (Derry pour les nationalistes irlandais), ville à la frontière avec l'Irlande.

Le groupe républicain dissident la Nouvelle IRA a reconnu sa responsabilité mais a déclaré que la mort de la journaliste était accidentelle, arguant qu'elle se "tenait à côté des forces ennemies" en référence aux policiers britanniques.

 

- Jan Kuciak, en Slovaquie -

Le 26 février 2018, la police slovaque découvre les corps du journaliste d'investigation Jan Kuciak et de sa fiancée Martina Kusnirova, tous les deux âgés de 27 ans, tués par balle à leur domicile, à la manière d'un règlement de comptes mafieux.

L'assassinat du journaliste, qui avait publié plusieurs articles sur la corruption et les relations suspectes d'un entrepreneur influent, Marian Kocner, avec de hauts responsables politiques, déclenche de vastes manifestations et provoque la chute du gouvernement.

Accusé d'avoir commandité le meurtre, le richissime homme d'affaires est acquitté en première instance en septembre 2020, ainsi qu'une de ses complices présumés. Mais ils doivent être tous deux rejugés, à la suite d'une décision de la Cour suprême. L'exécutant du crime, lui, a été condamné à 23 ans de prison en avril 2020.

 

- Kim Wall, au Danemark -

La journaliste suédoise Kim Wall, 30 ans, est tuée à bord d'un sous-marin le 10 août 2017, le principal suspect étant l'inventeur danois Peter Madsen, propriétaire du submersible, dont elle souhaitait faire le portrait.

Lors de son procès, l'ingénieur autodidacte reconnait avoir découpé le cadavre de la jeune femme avant de la jeter dans la mer Baltique, mais plaide l'accident. Condamné à perpétuité, il a reconnu pour la première fois sa culpabilité dans un documentaire diffusé en 2020 par la télévision danoise.

 

- Daphne Caruana Galizia, à Malte -

La journaliste et blogueuse anticorruption maltaise Daphne Caruana Galizia, 53 ans, meurt le 17 octobre 2017 dans l'explosion de sa voiture, piégée, devant son domicile.

Dans son blog Running Commentary, elle dénonçait la corruption endémique dans cet archipel méditerranéen, et avait fait des révélations sur l'entourage du Premier ministre Joseph Muscat.

Ce dernier démissionne en janvier 2020, alors que l'enquête sur cet assassinat touche ses plus proches collaborateurs, dont son chef de cabinet, Keith Schembri, inculpé par la suite de corruption.

L'un des trois hommes accusés du meurtre a été condamné à 15 ans de prison en février 2021 après avoir plaidé coupable pour la première fois.

 

- Charlie Hebdo, en France -

Les membres de la rédaction de l'hebdomadaire satirique français Charlie Hebdo sont victimes, le 7 janvier 2015, d'un attentat à la kalachnikov au siège du journal à Paris par les frères Chérif et Saïd Kouachi, qui se réclament d'Al-Qaïda.

Parmi les 12 morts se trouvent les dessinateurs Wolinski, Cabu, Charb, Honoré et Tignous, deux chroniqueurs du journal -- l'économiste Bernard Maris et la psychiatre Elsa Cayat-- et un correcteur, Mustapha Ourrad.

Après deux jours de cavale, les deux islamistes radicaux sont abattus.

 

- Socratis Guiolias, en Grèce -

Le journaliste grec Socratis Guiolias, 37 ans, est criblé de balles devant son domicile à Athènes, le 19 juillet 2010. Le groupe d'extrême gauche Secte des révolutionnaires revendique l'assassinat.

Socratis Guiolias était directeur de la radio privée Thema FM et l'un des administrateurs d'un blog célèbre dans le pays, troktiko.gr (rongeur en grec, ndlr), qui révélait des scandales dans les milieux politiques et des affaires.