Le Brexit ferait perdre au Royaume-Uni 16 milliards de dollars d’exportations vers l’UE

Genève – Un Brexit sans accord ferait perdre aux Britanniques 16 milliards de dollars (14,6 milliards d’euros) d’exportations vers l’Union européenne et plusieurs autres milliards vers les autres pays, a alerté l’ONU le 3 septembre.

Dans une étude de la Conférence des Nations unies sur le commerce et le développement (Cnuced), les économistes de l’ONU soulignent  qu’en 2018 les exportations de marchandises du Royaume-Uni étaient évaluées à environ 450 milliards de dollars, celles vers l’UE représentant environ la moitié de ce chiffre.

Les Nations unies estiment donc qu’un abandon de l’accès préférentiel « au marché de l’UE à la suite d’un Brexit sans accord se traduirait pour les Britanniques par des pertes d’exportations d’au moins 16 milliards de dollars », ce qui représente environ 7% des exportations totales du Royaume-Uni vers l’Union européenne.

Ces experts précisent qu’il s’agit d’une estimation « prudente » car les pertes devraient être « beaucoup plus importantes » en raison de l’introduction de « mesures » autres que les droits de douane, des « contrôles aux frontières et de la désorganisation des réseaux de production » britannique et européen.

Cette étude a été rendue publique au moment même où le Premier ministre Boris Johnson a perdu mardi la majorité absolue à la Chambre des Communes, qui ne tenait qu’à une voix. Les députés de l’opposition et certains élus du camp conservateur veulent empêcher un Brexit sans accord le 31 octobre en obtenant si nécessaire un nouveau report, au 31 janvier 2020.

Le ministre français des Affaires étrangères Jean-Yves Le Drian a estimé quant à lui mardi qu’une sortie du Royaume-uni de l’UE sans accord était désormais le scénario le plus probable. Il a réitéré l’opposition de la France à tout nouveau report du Brexit.

« L’incertitude croissante » à mesure que l’échéance du Brexit s’approche rend la situation « problématique pour les exportateurs britanniques », estime la Cnuced.

Certains secteurs seront plus perdants que d’autres, selon l’étude.

Les exportateurs les plus touchés devraient être l’industrie automobile (5 milliards de dollars de pertes), ainsi que les secteurs des produits d’origine animale (2 milliards) et des vêtements et textiles (2 milliards).

En tant que membre de l’UE, le Royaume-Uni est partie à une quarantaine d’accords commerciaux grâce auxquels les membres de l’UE bénéficient d’un accès préférentiel au marché d’environ 70 pays.

Dans l’éventualité d’un Brexit sans accord et en l’absence d’accords avec ces pays, le Royaume-Uni perdrait brusquement son accès préférentiel à ces marchés et, par défaut, devrait exporter en vertu du principe dit « de la nation la plus favorisée » de l’Organisation mondiale du commerce (OMC).

Cette expression donne à penser qu’il s’agit d’appliquer un traitement spécial, or à l’OMC, elle est synonyme de non-discrimination, c’est-à-dire d’égalité de traitement pour presque tout le monde.

La plupart des exportations britanniques en dehors de l’UE sont destinées à des pays qui n’accordent pas actuellement de traitement préférentiel à l’UE, comme la Chine et les Etats-Unis.

Mais, selon la Cnuced, environ 20% des exportations hors UE du Royaume-Uni risquent d’être soumises à des droits de douane plus élevés de la part de pays comme la Turquie, l’Afrique du Sud, le Canada et le Mexique. La Cnuced estime que cela pourrait coûter aux exportateurs britanniques quelque 2 milliards de dollars.