Les Allemands propriétaires à Majorque devront attendre pour venir au soleil

Berlin – Empêchés de profiter de leur résidence secondaire sous le soleil de l’île espagnole de Majorque, de nombreux Allemands se plaignent auprès des autorités. Mais Madrid a été clair cette semaine: ils devront attendre la fin du déconfinement.

Depuis fin avril, plusieurs centaines d’entre eux ont envoyé des lettres souvent incendiaires demandant à l’archipel des Baléares, où se trouve Majorque, de permettre aux propriétaires étrangers de venir.

Estimant les restrictions de voyage prises face à la pandémie « complètement exagérées », ils exigent la fin de l’état d’urgence face à la baisse du nombre de nouveaux cas de Covid-19, et vont même jusqu’à menacer de retirer leurs investissements sur l’île.

« Il doit y avoir des touristes qui viennent à Majorque, dès cette année, sinon l’île sera appauvrie. Ici, presque tout dépend des touristes », avertit dans le Spiegel Ralf Becker, à l’initiative des lettres.

Preque tous les jours les médias allemands posent la question d’un ton angoissé: quand pourrons-nous retourner sur l’île?

Car Majorque constitue un lieu de villégiature particulièrement prisé des Allemands, au point qu’ils la surnomment « le 17ème Etat régional » de leur pays. Quelque 4,5 millions d’entre eux s’y sont rendus en 2019 pour profiter de ses plages idylliques et de ses nuits festives.

Frontières fermées et quarantaine

Mais le gouvernement espagnol, qui a lancé cette semaine dans une partie du pays, dont les Baléares, un déconfinement très progressif devant s’étaler jusqu’à fin juin, ne veut surtout pas le mettre en péril à cause de nouveaux cas importés.

Depuis vendredi, les entrées dans le pays par voie aérienne ou maritime sont donc limitées aux Espagnols, aux résidents en Espagne ou à certains cas bien précis. Et toute personne arrivant dans le pays est soumise à une quarantaine de 14 jours.

Une disposition qui durera jusqu’à la fin de l’état d’urgence que le gouvernement du socialiste Pedro Sanchez veut prolonger jusqu’à fin juin et qui empêche donc toute entrée de propriétaire de résidence secondaire, car un tel bien « ne prouve pas la résidence en Espagne ».

Il serait par ailleurs injuste, comme l’a souligné le gouvernement, qu’un Espagnol ne puisse pas sortir de sa province pour profiter de sa résidence secondaire jusqu’à la fin du déconfinement et qu’un étranger puisse venir en Espagne profiter de la sienne.

La question d’un retour des étrangers, « on nous la pose chaque jour », a reconnu jeudi devant quelques journalistes la présidente de la région des Baléares, Francina Armengol. Elle espère pouvoir accueillir « en juillet des groupes de touristes de forme contrôlée » et commencer peut-être « par les propriétaires de résidences secondaires ».

« Mais je ne peux malheureusement donner aucune certitude », s’est elle empressée d’ajouter.

La compagnie Eurowings, filiale de Lufthansa, a repris depuis mai ses liaisons entre Düsseldorf et Palma de Majorque. Mais avec « moins de 10% » de son trafic habituel et seulement « des personnes qui y vivent, des hommes d’affaires » ou des personnes attestant d’une urgence à effectuer sur place, explique-t-elle à l’AFP.

Pas « un parc d’attraction »

Le courroux des propriétaires étrangers de résidences secondaires a été partagé par le député libéral allemand Alexander Lambsdorff, pour qui « les nombreux citoyens de l’UE qui paient leur impôt foncier aux îles Baléares depuis de nombreuses années devraient être traités différemment de ceux qui ne font que passer comme touristes ».

Mais, à Majorque même, d’autres Allemands sont choqués de ce qu’ils considèrent comme une marque d’égoïsme.

« J’ai honte d’être Allemande quand je lis des extraits de ces lettres ! De quel droit ces personnes réclament-elles un traitement spécial ? », s’indigne une lectrice de la Mallorca Zeitung, journal entièrement en allemand publié sur l’île.

« Les Baléares ne sont pas qu’un parc d’attractions pour investisseurs immunisés », s’est offusquée dans une vidéo l’Allemande Alice Weber, responsable des affaires internationales du parti régional de gauche écologiste espagnol Més per Mallorca.

« Ce qui pour vous s’apparente à une destination féérique de luxe constitue la patrie de nombreux enfants devant aujourd’hui rester à la maison, mais qui, contrairement à vous, comprennent qu’ils ne sont pas actuellement autorisés à aller sur leur terrain de jeu », a-t-elle ajouté.

par David Courbet à Berlin avec Daniel Bosque à Barcelone et Mathieu Gorse à Madrid