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Principes actifs pharmaceutiques: peut-on les relocaliser?

Paris - La question de la dépendance à l'étranger s'est posée de façon aiguë durant la pandémie, en particulier pour le secteur pharmaceutique, avec des tensions qui ont porté notamment sur certains principes actifs. Le point sur leur potentielle relocalisation.

- Qu'est-ce qu'un principe actif?

Les principes actifs (ou API pour Active Pharmaceutical Ingredient) sont des substances présentes dans le médicament qui lui donnent ses propriétés thérapeutiques ou préventives.

On les trouve dans certaines plantes, mais ils sont surtout synthétisés par la chimie. Fabriquer un API, c'est "un séquençage de réactions et de synthèses que l'on fait progressivement pour concevoir cette molécule finale", explique Pierre Luzeau, le président du laboratoire français Seqens.

Plus la molécule finale est complexe, plus elle nécessite d'étapes, jusqu'à 25, précise Gilles Belloir, directeur des opérations industrielles d'un autre laboratoire français, Servier.

Or "dans bien des cas, quand il y a une rupture d'approvisionnement sur un principe, c'est qu'un des intermédiaires, cinq ou six étapes avant la fabrication de ce principe actif, se trouve en rupture", souligne Vincent Touraille, président du Sicos Biochimie, syndicat français de l'industrie chimique organique de synthèse et de la biochimie.

Le coût du principe actif "représente rarement plus de 5% à 10% de la boîte de médicament en pharmacie", selon Vincent Touraille.

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- L'Europe en produit-elle toujours?

Depuis une trentaine d'années, la chimie fine européenne a été délocalisée vers l'Asie, surtout vers l'Inde et la Chine. Au point que 60% à 80% des API sont désormais produits hors de l'Union européenne.

Une "grande partie de la production des principes actifs [de l'industrie allemande] est installée dans des pays tiers, comme la Chine et l'Inde", mais aussi en "Espagne et au Nord de l'Italie", concède notamment à l'AFP une porte-parole de l'organisation allemande BAH, qui rassemble 400 petites et moyennes entreprises du secteur.

La raison de cette délocalisation? Le coût plus bas de la main d'œuvre ainsi que des contraintes réglementaires (environnement, sécurité) moins strictes.

Mais tout le monde n'a pas choisi cette option, d'autant que les différences de coûts salariaux se réduisent.

Parmi les entreprises produisant encore des principes actifs en Allemagne, on trouve notamment Bayer. En France, environ 80 sociétés font encore des principes actifs: il s'agit de petites et moyennes sociétés, d'entreprises de taille intermédiaire ou de groupes comme Seqens, Servier et Sanofi.

De son côté, "l'Italie est parmi les principaux pays européens producteurs d'API, aussi bien en ce qui concerne le nombre d'entreprises que les produits fabriqués et ne s'est jamais posée la question d'une relocalisation", assure l'Association nationale italienne des professionnels du secteur (ASCHIMFARMA).

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- Peut-on relocaliser?

Le secteur est unanime, il est illusoire de penser que tout peut être relocalisé en Europe. En revanche, les industriels s'accordent pour soutenir une sécurisation de la production de principes actifs et intermédiaires stratégiques, au niveau européen.

"Il faudrait récupérer 150 à 250 principes actifs sur l'Europe", estime Vincent Touraille.

Pour Gilles Belloir, de Servier, il y a notamment une carte à jouer sur les produits à forte valeur ajoutée.

"Relocaliser est valable sur des produits de haute technologie et avec un haut niveau d'expertise", estime-t-il. Cela pourrait notamment passer par des technologies comme la chimie en flux, qui existe depuis longtemps mais commence à se développer dans le secteur pharmaceutique.

- Quelles sont les pistes?

En mai, le ministre allemand de l'Economie, Peter Altmaier, a annoncé que la question de la relocalisation allait être à l'agenda de la présidence allemande du conseil de l'UE.

Le ministre de la Santé du pays, Jens Spahn, a évoqué la possibilité de soutien financier pour la relocalisation à un niveau européen. Aucune annonce concrète n'a toutefois été rendue publique.

De son côté, le gouvernement français a lancé un appel à manifestation d'intérêt doté de 120 millions d'euros pour la production de médicaments nécessaires durant la pandémie, dont des principes actifs. Il s'est notamment focalisé sur le rapatriement du principe du paracétamol, et est en discussions sur ce sujet avec les laboratoires Seqens, Sanofi et Upsa.

Mais pour Isabelle Fréret, représentante de la branche industrie pharmaceutique du syndicat français CFE-CGC, cela ne sera pas suffisant, le coût du transfert d'une ligne de production pouvant parfois atteindre des dizaines de millions d'euros.

Du côté des industriels, l'organisation allemande BAH demande des "aides financières directes de l'UE et des Etats membres" ainsi qu'une simplification du processus administratif pour l'installation de nouvelles usines.

Les industriels membres du Sicos réclament, eux, un soutien à l'investissement dans de nouveaux moyens de production innovants.

Par Marie-Morgane Le Moël, avec les bureaux européens de l'AFP