Boris Johnson triomphe, le Brexit bientôt réalité

Londres – Finies, les tergiversations sur le Brexit: plébiscité par les électeurs britanniques, le Premier ministre conservateur Boris Johnson s’est engagé vendredi à tourner pour de bon le dos à l’Union européenne fin janvier et à rassembler un pays profondément divisé.

Le dirigeant a été reçu en fin de matinée au palais de Buckingham où la reine Elizabeth II devait le charger officiellement de former un nouveau gouvernement, quelques heures après avoir remporté une majorité d’une ampleur sans précédent pour les tories aux législatives depuis Margaret Thatcher en 1987.

 

Après plus de trois ans de déchirements sur le Brexit, voté par 52% des Britanniques lors du référendum de 2016, « je vais mettre fin à ces absurdités et nous allons le réaliser à temps d’ici au 31 janvier », avait peu auparavant déclaré le dirigeant, triomphant, devant ses partisans.

Sa victoire montre, selon lui, la « décision irréfutable, irrésistible et incontestable » des Britanniques, lassés de plusieurs années de psychodrame, de tourner la page de l’UE après 47 ans d’un mariage houleux.

« Passer à autre chose »

Les résultats quasi définitifs donnent aux conservateurs une majorité de 364 sièges sur 650 à la Chambres des communes (contre 317 en 2017), grâce à la prise de circonscriptions ouvrières détenues depuis des décennies par les travaillistes.

Les résultats de la dernière circonscription à dépouiller, incluant des îles des Cornouailles (sud-ouest), ne devraient être connus que dans l’après-midi, le comptage ayant été retardé en raison du mauvais temps.

Principale formation d’opposition, le Parti travailliste s’effondre à 203 sièges (contre 262), son pire score depuis 1935, plaçant leur très à gauche chef de file Jeremy Corbyn sur un siège éjectable.

Boris Johnson a évoqué un « tremblement de terre » qui redessine le paysage politique, mais il s’est aussi voulu rassembleur, réitérant ses promesses de campagnes d’investir dans la santé et la sécurité.

Il déclinera son programme législatif lors du traditionnel discours de la reine jeudi, au surlendemain de la rentée parlementaire. Il entend présenter avant Noël aux députés l’accord de divorce négocié avec Bruxelles, jusqu’ici recalé faute de majorité.

Qu’ils se réjouissent ou crient au « cauchemar », les journaux britanniques s’accordent à souligner le caractère « historique » de sa victoire.

« Je suis ravi parce que le Brexit durait depuis trop longtemps et (…) nous devons passer à autre chose », a commenté David Lawrence, 56 ans, qui travaille dans la construction à Londres.

« Ce n’est pas nécessairement ce que je voulais mais au moins nous savons où nous en sommes », a abondé Gordon Hockey, un avocat quinquagénaire.

Dans l’immédiat, le Brexit ne changera rien en raison de la période de transition jusqu’à fin 2020, pendant laquelle les Britanniques continueront d’appliquer les règles européennes, afin d’éviter une rupture brutale.

Mais une nouvelle phase, au moins aussi périlleuse, s’annonce pour les mois voire les années à venir: celle des complexes négociations sur la future relation avec le bloc européen, principal partenaire commercial des Britanniques.

Les Européens se sont dits « prêts » vendredi à entamer ces discussions, avec l’espoir d’aboutir à une relation « aussi étroite que possible » mais garantissant « des règles du jeu équitables » en matière de concurrence.

Fidèle soutien, le président américain Donald Trump s’est voulu plus alléchant, promettant « un énorme nouvel accord commercial (…) potentiellement beaucoup plus gros et plus lucratif que n’importe quel accord qui pourrait être conclu avec l’Union européenne ».

Dans l’immédiat, les investisseurs se sont réjouis de la levée de l’incertitude pesant sur l’économie britannique, entraînant la livre à la hausse.

Indépendance écossaise

Pour le travailliste Jeremy Corbyn, 70 ans, c’est l’humiliation. « Très déçu », ce dernier a annoncé qu’il ne conduirait pas le parti aux prochaines élections.

Il a payé sa position ambiguë sur la sortie de l’UE, prônant un nouveau référendum sans lui-même prendre position, et son manque présumé de fermeté face à l’antisémitisme au sein de sa formation.

Il n’est pas sûr que les appels à l’unité de Boris Johnson trouvent écho auprès des nationalistes écossais du SNP, dont le renforcement, à 48 sièges contre 35, va alimenter les velléités d’indépendance. Et en Irlande du Nord, les unionistes du DUP cèdent du terrain face au Sinn Fein républicain.

Pour les libéraux-démocrates, qui voulaient tout simplement stopper le Brexit, c’est la douche froide: ils perdent un siège, à 11, et leur cheffe Jo Swinson n’est pas réélue.

Par Martine Pauwels