Droits LGBT+: cinq choses à savoir sur la controversée loi hongroise

Budapest - La loi hongroise interdisant la diffusion de contenus sur l'homosexualité auprès des mineurs,  a suscité de vives réactions en Europe.

Le point sur ce texte qui franchit une étape dans le projet du Premier ministre souverainiste Viktor Orban d'instaurer une "nouvelle ère" culturelle "illibérale".

 

- Que dit la loi? -

A l'origine, il s'agissait d'une loi visant à lutter contre la pédocriminalité.

Mais début juin, des membres du parti au pouvoir, le Fidesz, ont déposé des amendements aussitôt dénoncés par les défenseurs des droits.

Voici ce qu'il est écrit: "La pornographie et les contenus qui représentent la sexualité ou promeuvent la déviation de l'identité de genre, le changement de sexe et l'homosexualité ne doivent pas être accessibles aux moins de 18 ans".

Les cours d'éducation sexuelle devront désormais être assurés par des organisations agréées par l'Etat, précise le texte.

Et de dénoncer l'existence de structures "à la crédibilité professionnelle discutable", qui tentent "d'influencer le développement sexuel des enfants" et peuvent "causer de graves dommages".

Les affiches publicitaires, comme par exemple celle de Coca-Cola représentant un couple d'hommes qui avait suscité en 2019 des appels au boycott, ne seront plus autorisées.

Quid des livres, séries ou films dans lesquels l'homosexualité est évoquée? Des messages "Interdits aux moins de 18 ans" seront apposés et la diffusion à des heures de grande écoute proscrite.

La loi elle-même ne fait pas état de sanctions mais elle renvoie à d'autres textes qui prévoient des amendes en cas d'infraction.

 

- 'Effet dissuasif' -

Où sera placée la barre? Des éditeurs s'inquiètent que de grands classiques puissent être retirés du programme scolaire.

"Le texte est, à dessein, très ambigu", expliquait mi-juin à l'AFP, lors de l'adoption de la loi par le Parlement, Zsolt Szekeres, représentant du Comité Helsinki hongrois (HHC).

"Nous n'en connaissons pas encore entièrement les conséquences", mais cette loi aura certainement, s'alarme-t-il, un "effet dissuasif" sur les organisateurs d'événements comme la Marche des fiertés, programmée le 24 juillet dans la capitale hongroise.

"Si un citoyen zélé dénonce les parents pour avoir mis la vie d'un enfant en danger en leur montrant cette +représentation+ de l'homosexualité, comment vont réagir la police, le tribunal? Autant de questions sans réponse", complète Andras Lederer, de la même ONG.

 

- 'Une honte' selon Bruxelles -

"Une honte": la présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen n'a pas mâché ses mots et a menacé le 23 juin de déclencher une procédure d'infraction pour violation du droit européen.

L'affaire avait conduit de nombreux dirigeants européens à exprimer leur indignation lors du sommet des 24 et 25 juin.

 

- "Protéger les enfants": l'argumentaire d'Orban -

Face aux critiques, Viktor Orban assure que la loi n'est pas homophobe et vise à "protéger les droits des enfants", tout en accusant ses homologues européens de se comporter comme des "colonialistes" qui veulent "dicter" leur loi.

Avant le retour au pouvoir de M. Orban en 2010, la Hongrie était l'un des pays les plus progressistes de la région: l'homosexualité y avait été dépénalisée dès le début des années 1960 et l'union civile entre conjoints de même sexe reconnue dès 1996.

Mais le Premier ministre a durci au fil des ans la législation, ce qui a contribué à nourrir un sentiment anti-gay dans les médias et la classe politique.

Régulièrement accusée de bafouer les valeurs de l'UE, la Hongrie a ainsi interdit l'an dernier l'inscription du changement de sexe à l'état civil et rendu l'adoption par les couples de même sexe impossible.

 

- Un 'Rainbow-gate' -

La polémique s'est aussi invitée à l'Euro de football, avec le refus, très décrié, de l'UEFA d'autoriser l'illumination du stade de Munich aux couleurs de l'arc-en-ciel (rainbow en anglais) pour le match Allemagne-Hongrie le 23 juin.

En réponse, des stades et hôtels de ville en Allemagne se sont parés de ces symboles de la communauté LGBT.