Passeports sanitaires ou vaccinaux: où en est-on?

Paris - Des passeports sanitaires pour relancer les déplacements internationaux malgré la pandémie persistante de Covid-19? Certains y croient, notamment l'Union européenne qui présente mercredi son projet et la Chine qui a déjà lancé sa version, tandis que les compagnies aériennes y travaillent également.

 

De quoi parle-t-on ?

 

Le passeport ou certificat sanitaire est un document qui prouve que son détenteur est, a priori, immunisé contre le Covid-19 et peut donc se rendre d'un pays à un autre sans risquer de le transmettre le virus à travers les frontières.

On parle souvent de passeport "vaccinal" car c'est le fait d'avoir reçu un vaccin qui pointe le plus clairement vers cette immunité.

Mais les divers projets en cours, qui prennent en général la forme d'une application sur smartphone, acceptent d'autres critères: par exemple un test garantissant la présence d'anticorps chez le voyageur dans l'idée qu'il ait déjà été atteint par la maladie par le passé.

Il faut distinguer ces passeports d'un autre concept, celui par exemple qualifié de "pass sanitaire" par Emmanuel Macron, le président français.

Ce dernier n'a pas la même finalité car il ne serait valable que dans son pays d'origine. Il vise à réserver l'entrée de certains commerces, comme les restaurants, ou de certains événements, comme les concerts, aux personnes immunisées.

 

Qui travaille dessus ?

 

De nombreux pays sont en train de réfléchir à la mise en place d'un passeport sanitaire et certains l'ont déjà lancé.

Mercredi, l'Union européenne présente son projet, qu'elle voudrait lancer cet été pour les déplacements en son sein. Ce document, qui sera doté d'un code QR, attestera que son titulaire a été vacciné contre le Covid-19 - pour l'heure avec l'un des quatre vaccins autorisés dans l'UE (ceux de Pfizer/BioNTech, Moderna, AstraZeneca/Oxford, et Johnson & Johnson) -, a passé un test PCR négatif ou est immunisé à la suite de son infection.

Mais c'est surtout la Chine qui est en pointe. elle a annoncé début mars un "certificat de santé" numérique pour les Chinois qui voudraient voyager à l'étranger.

Isolément, des pays européens ont déjà pris les devants. La Grèce et Chypre ont mis en place des passeports de ce type vers Israël, un pays particulièrement avancé dans sa vaccination, en accord avec l'Etat hébreu: les citoyens vaccinés peuvent voyager entre ces pays sans restrictions.

D'autres pays comme le Danemark et la Suède, comptent lancer prochainement des passeports sanitaires. Mais certains Etats européens, comme la France et l'Allemagne, restent méfiants à l'idée d'entériner des restrictions trop sévères.

 

Est-ce un vrai passeport ?

 

Non, aucun projet ne s'apparente encore à l'équivalent d'un vrai passeport, c'est-à-dire un document obligatoire pour voyager d'un pays à l'autre.

Par exemple, le passeport sanitaire chinois n'est qu'une option pour les ressortissants de ce pays, dans l'idée de leur donner plus de "commodités". Mais, faute d'accords pour l'heure avec d'autres pays, l'intérêt en reste flou.

De son côté, l'UE travaille sur un certificat qui "facilite" la libre circulation entre ses membres mais ne sera pas une obligation pour passer les frontières.

En définitive, dans tous les cas, il s'agit moins d'un nouveau document officiel que d'une application destinée à accélérer les contrôles sanitaires.

C'est pour cela que le privé s'est aussi saisi de l'idée, en premier lieu les grandes compagnies aériennes qui bouillonnent de voir reprendre une activité ravagée par les restrictions sur les voyages.

L'Association du transport aérien international (Iata), qui regroupe l'essentiel du secteur mondial, planche depuis plusieurs mois sur un passeport numérique permettant aux passagers de prouver leur statut sanitaire avant d'embarquer. Des compagnies isolées, comme American Airlines, le font déjà.

 

Peut-on aller plus loin ?

 

Systématiser ces passeports sanitaires et les rendre plus contraignants ? Cela pose des problèmes juridiques qui expliquent notamment la timidité de la France.

Ils sont de deux ordres. D'abord, en rendant de fait la vaccination obligatoire pour certains déplacements, ils créeraient une inégalité entre citoyens, alors que l'accès aux vaccins anti-Covid est encore très contraint dans la plupart des pays.

Enfin, les défenseurs de la vie privée se soucient aussi de la manière, encore bien imprécise, dont ces applications accéderaient aux données de santé des particuliers.

En France, par exemple, il existe une base de données officielle des personnes ayant déjà reçu un vaccin anti-Covid.

L'autorité française de régulation du numérique, la Cnil, accepte son existence, mais elle a bien prévenu: s'il s'agit de s'en servir pour un passeport, elle réexaminera le sujet de très près.

Par Julien Dury