Vaccins: pourquoi les gouvernements cherchent déjà à assurer leur approvisionnement

Paris – L’accès à un vaccin contre le coronavirus est crucial pour nombre d’Etats de la planète, comme le montre encore la visite mardi du président français Emmanuel Macron dans un site de production du groupe Sanofi. Tour d’horizon des enjeux.

– Où en sont les principaux acteurs?

Au 9 juin, il existait 10 candidats vaccins au stade clinique, et 126 au stade pré-clinique, selon l’OMS. S’il est difficile de savoir quel est le projet le plus avancé, certaines compagnies ont largement communiqué, comme la biotech américaine Moderna. Son vaccin expérimental entrera dans sa troisième (la toute dernière) phase d’essais cliniques en juillet, a-t-elle annoncé récemment.

Le géant britannique AstraZeneca et l’université d’Oxford, qui travaillent ensemble sur un vaccin, vont quant à eux lancer un essai sur 50.000 volontaires en tout, et disent attendre des résultats sur son efficacité cet automne.

L’américain Johnson & Johnson anticipe qu’il pourra livrer un milliard de doses l’an prochain. Sans oublier le français Sanofi, qui développe deux types de vaccins, lesquels devraient bientôt démarrer les tests précliniques (au stade de l’expérimentation animale). Le premier, en collaboration avec le britannique GSK, pourrait être mis à la disposition du public sous 18 mois. Pour le second, Sanofi anticipe un vaccin « disponible à grande échelle » à la fin 2021.

Ce serait dans tous les cas la première fois que l’industrie pharmaceutique parviendrait à commercialiser un vaccin aussi rapidement. « C’est inédit. Cela s’explique par le fait qu’il y avait déjà quelques connaissances grâce aux épidémies antérieures de Sras et de Mers (coronavirus du syndrome respiratoire du Moyen-Orient, ndlr). Et il y a eu des financements mobilisés de manière exceptionnelle », explique l’économiste de la santé Nathalie Coutinet.

– Comment produire toutes les doses nécessaires?

Face à une telle mobilisation, « il est probable que plus d’un candidat vaccin arrivera jusqu’au marché », anticipent, dans une note, les experts d’UBS. Ce qui permettrait de mieux répondre à la forte demande. Car fournir des doses à tous s’avèrera un vrai casse-tête logistique, rappelait le directeur de la Fédération internationale de l’industrie du médicament (IFPMA), Thomas Cueni, fin mai.

Il existe notamment un problème d’approvisionnement en flacons, a dit récemment Pascal Soriot, le directeur général d’AstraZeneca. Son laboratoire, comme d’autres, envisage donc la possibilité de stocker plusieurs doses par flacon. Par ailleurs, les grands groupes ont indiqué qu’ils commençaient à adapter leurs lignes de production pour pouvoir produire ces vaccins. Mais ils pourront également faire appel à des sociétés sous-traitantes, rappelle UBS.

– Que font les gouvernements?

Pour sécuriser un accès à un vaccin, les gouvernements financent une partie de son développement, ou passent des pré-commandes, souvent auprès de plusieurs laboratoires à la fois. Ces accords limitent les risques pour les entreprises, qui ne portent pas seules le poids financier d’un éventuel échec, tout en assurant une visibilité aux Etats.

Les Etats-Unis ont notamment lancé « Operation Warp Speed », un partenariat public privé qui a pour objectif d’assurer des quantités suffisantes de vaccin pour les Américains d’ici à 2021, via des financements et soutiens à des laboratoires. Le pays a aussi financé Sanofi à hauteur de 30 millions de dollars. Son directeur général Paul Hudson a ensuite évoqué la possibilité de livrer les Américains en premier, suscitant la polémique en France.

En Europe aussi, les gouvernements tentent d’assurer leur approvisionnement. C’est l’objectif de l’accord qui vient d’être signé entre AstraZeneca et l’Allemagne, la France, les Pays-Bas et l’Italie. Selon ses termes, l’ensemble des pays membres de l’Union européenne, ainsi que d’autres pays européens volontaires, pourraient recevoir jusqu’à 400 millions de doses de vaccin.

– Combien va coûter le vaccin?

Les groupes pharmaceutiques ont à plusieurs reprises évoqué le fait qu’ils comptent mettre à disposition leur vaccin à des prix raisonnables, voire à prix coûtant.

AstraZeneca s’est ainsi engagé à « ne pas faire de profits sur ce vaccin », d’après son président pour la France, Olivier Nataf, sur franceinfo, qui a précisé que celui-ci serait facturé environ 2 euros la dose.

Etant donné la pression internationale, il serait difficile de tirer les prix vers le haut. En tout cas pour une campagne de vaccination unique. Mais « si un vaccin est nécessaire de façon continue, il semble plus probable que ses fournisseurs pourraient commencer à le traiter comme un exercice commercial », prévient UBS.

Quant aux pays en voie de développement, le secrétaire général de l’ONU Antonio Guterres a estimé début juin qu’un futur vaccin devait être considéré comme un « bien public mondial » accessible à tous, à l’occasion d’un sommet virtuel de l’Alliance pour le vaccin, sur le principe de solidarité entre pays riches et pays pauvres.

par Marie-Morgane Le Moel